Octave
Paroles d'une chanson
Commémoration du début de la grande guerre de 1914-1918

21 février 1917, récit écrit dans les tranchées lors de la bataille héroique de Verdun 

L'air si pur est gelé; Le givre sur la terre
Repose en couche blanche et recouvre les pierres
Le fort de Saint-michel, dernière et sainte borne
Des créneaux de Verdun sur une crête morne
Présente sa muraille en brèches de partout
Par l'infernal canon d'une armée en courroux
Nous suivons un boyau, un soleil de décembre 
Monte dans l'horizon sur la terre de France 
Éclairant faiblement toute la plaine immense
Et donnant à la nuit doux coloris d'ambre
Verdun, bâti au centre d'un site élégant,
Dont, aux alentour, les crêtes sont l'amphithéâtre
Se réveille soudain dans l'aurore grisâtre
Élevant fièrement dans l'aube matinale
Les tours carrées de sa vieille cathédrale
Le canon tonne au loin comme un monstre géant
Trois poilus se baladent, la pelle sur l'épaule 
Ils ont l'air calme, grave et causent en commun
Que peuvent-ils se dire, ô enfants de la Gaule!
On devine à les voir qu'ils parlent de Verdun
Voyez-vous cette ville, disait un des soldats
Elle fournit le cirque aux terribles combats
Guillaume avait rêvé dans un grand coup de tête
D'en faire le joyau de toutes ses conquêtes
Et de pouvoir encore humilier la France
Et couper tous les nœuds de la grande alliance
Cinq mille pièces de canon furent mises en batterie
Des gueules de cette infernale artillerie
Sortaient des tonnes de fer et volcans de mitraille
Le monde n'a jamais vu plus folle bataille
La ville a oscillé sous la dure avalanche
Cependant, Verdun, pays de la revanche
Devais-tu succomber sous leurs terribles coups
Servir de proie hélas! À ces sauvages loups
Non, voir plutôt crouler tes solides murailles
Que d'être ainsi livrée aux mains de l'ennemi
L'heure n'est pas sonnée encore aux funéraille
L'heure n'est pas sonnée de te rendre à merci
Un général français un Pétain a tout vu
Il accourt à la hâte en La ville martyre
Que le boche animé d'un interne délire
A juré de bruler. Il sonne ses poilus
Mille deux cents autos s'ébranlent tout de suite
Amenant des renforts pour la folle poursuite
Nos braves débarqués sur les bords de la Meuse 
Marchant sous les obus d'un courage héroïque 
S'en vont pour arrêter les hordes germaniques
Leurs poitrines offrant pour maîtriser la gueuse 
Aux cris de vive la France
Arrière Germanie Honte à ceux qui voulaient nous faire parias
L'Allemand redoublant ses durs coups de bélier 
Attaque de partout : Vaux, Tavannes, Souville, sont couverts de ses feux: 
Fleury à Belleville C'est l'enfer c'est la Mort. 
Une fureur altière Monte au cœur du bandit, il change ses moyens
Plus nouveau que l'obus ou que le biscaïen
Il emplit les ravins de ces gaz délétères
Dont le souffle mortel en douleurs déblatère
Envoie dans le trépas les plus forts des humains
Puis feu, poison voilà les armes du Germain 
Mais, malgré tout cela il n'a pu prendre pied
Sublimes artilleurs ripostent vaillamment! 
Leurs obus ont fauché des régiments entiers
Mais les Boches nous ont tué hélas! bien des servants 
Néanmoins chaque jour la lutte a d'autre phase, 
Et le front du début a pris nouvelles bases
Les défenses de Verdun s'organisent partout
Les redoutes, les forts affrontent tous les coups
Et Verdun restera citadelle imprenable
Qui se relèvera de ses plaies formidables
Ville, précieux joyau parmi celles de France 
Lorsque bientôt viendra le jour de la victoire
Tu auras c'est certain, ta noble part de gloire
Et en te contemplant, je murmure : Espérance.